Fuga

du 27 juillet au 2 août 2020
Fuga/ Image Edmond Baudoin

4 comédiens et un auteur répètent 7 jours dans la salle de bal: moment étape au début d'une création à partir d'un texte contemporain de Jean Michel Baudoin: Fuga

Nous abordons avec la thématique de la pièce un sujet délicat s’il en est autour de la disparition d’adolescents. Des témoignages abondants nous permettent de nous rendre compte de la spécificité de chaque situation familiale dans lesquelles s’opèrent ces disparitions ; mais celles-ci sont de tous les temps et traversent toutes les classes et recèlent quelque chose d’universel. En ces disparitions se reconnaît le malaise d’une société qui censément devrait bâtir une communauté à vivre, mais quelque chose échappe et quelqu’un disparaît. Fuga de Jean-Michel Baudoin nous plonge dans un questionnement d’abord sur nous-même, ensuite sur le monde dans lequel nous vivons et pour finir sur celui d’où nous provenons. Les couples confrontés à ces situations sont chacun renvoyés à une solitude, un deuil irrévocable ou se creuse un questionnement incessant. L’interrogation ne trouve pas de résolution, ne peux en trouver, elle est infinie sous l’aiguillon de la douleur et de la culpabilité – imaginaire où non -. Le besoin de logique est définitivement mis en échec par ce mystère angoissant et persistant, mais les personnages restent inexplicablement vivants, au coeur de leur dénuement, même s’ils semblent rongés par d’obscures maladies – physiques et de l’âme- qui finissent par les gagner comme une sorte de lèpre. Ce qui persiste, c’est simplement cette volonté de dire. Les mots pour les personnages de Fuga ont été détournés de leurs usages pratiques. Ceux-ci sont désormais utilisés à d’autres fins : pour comprendre, pour parler de ce qui est arrivé, pour essayer de discerner les causes, les tenants et les aboutissants. Les mots sont vraiment utilisés pour « dire quelque chose » de ce qui arrive, de ce qui est arrivé, de ce qui se passe. Ainsi, les personnages de Fuga, ancrés dans leurs vies professionnelles utilisent l’énergie du dire pour parler de ce qui est insaisissable. Mais ces mots détournés de leur valeur d’usage, - utilisés pour parler du manque, de l’absence, et de ce qui est difficile en soi – deviennent vecteurs d’une transformation poétique et subversive. Les mots s’engouffrent dans le vide ouvert par la disparition, deviennent interrogation sur soi, l’origine et le monde. Le monde non seulement tel qu’il est, mais tel qu’il était car ; nous provenons de ce monde ancien à partir duquel s’est élaboré notre propre projet de vie qui consiste le plus souvent à mettre au monde des enfants.

Texte : Jean-Michel Baudoin (Éditions La Fontaine – 2005)

Mise en scène : Jean-Christophe Cochard

Assistant : Jean-Michel Baudoin

Jeu :

Carole Charrin, Valérie Leroux, Jean-Christophe Cochard, Vincent Mourlon

Création lumières et régie : Vincent Tudoce

Accompagnement chorégraphique : Serge Ambert / Les alentours rêveurs

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